Stress et rosacée.
La rosacée est une dermatose inflammatoire chronique du visage, caractérisée par des rougeurs persistantes, des bouffées vasomotrices et des télangiectasies, résultant d’une dysrégulation vasculaire et neuro-inflammatoire. Le stress pourrait agir comme facteur déclencheur ou aggravant en provoquant des bouffées vasomotrices : sous l’effet de l’adrénaline libérée par le système nerveux autonome, les vaisseaux cutanés se dilatent, augmentant le flux sanguin facial et entraînant un rougissement. La répétition de ces épisodes peut favoriser une perte de tonus vasculaire et une dilatation permanente des vaisseaux. Par ailleurs, l’activation concomitante des mastocytes cutanés et la libération de médiateurs vasoactifs et pro-inflammatoires sous l’influence d’hormones du stress, comme le facteur de libération de la corticotrophine, pourraient amplifier l’inflammation locale et contribuer aux télangiectasies durables caractéristiques de la rosacée.
Dans la continuité, une étude clinique menée en 2017 a cherché à déterminer si le stress psychologique précédait l’aggravation des symptômes chez des patients atteints de rosacée. 16 participants ont évalué quotidiennement leur niveau de stress sur une échelle de 0 à 10 à l’aide de questionnaires, tout en consignant dans un carnet la présence de papules ou de pustules, l’intensité des rougeurs ainsi que les sensations de brûlure. Les résultats ont montré que 12 patients sur 16 présentaient une association entre des niveaux de stress plus élevés et une sévérité accrue des symptômes cutanés. À ce jour, cette étude constitue l’un des rares travaux cliniques explorant directement le lien entre stress et rosacée. Toutefois, le très faible effectif ne permet pas de tirer de conclusion solide, et des recherches incluant un plus grand nombre de participants restent nécessaires.
Stress et cancers de la peau.
Le lien entre stress et cancers cutanés fait aujourd’hui l’objet d’un intérêt croissant, même si les données restent encore partielles. Des travaux expérimentaux suggèrent que le stress pourrait favoriser l’apparition, la progression ou la dissémination tumorale, notamment en modulant l’immunité et l’inflammation. Par exemple, l’activation prolongée de l’axe du stress et la libération de glucocorticoïdes peuvent inhiber certaines fonctions des lymphocytes T cytotoxiques, essentiels à la surveillance antitumorale, et créer un micro-environnement plus permissif au développement de tumeurs comme le mélanome. D’autres mécanismes proposés incluent l’activation de voies moléculaires liées à l’hypoxie, à l’angiogenèse ou à la transition épithélio-mésenchymateuse, susceptibles d’augmenter la capacité d’invasion et de métastase des cellules tumorales.
Le stress pourrait également intervenir plus directement dans la cascade métastatique. Des modèles animaux montrent qu’une exposition chronique au stress s’accompagne d’une augmentation des métastases pulmonaires et de taux élevés d’hormones du stress, tandis que certaines catécholamines comme la noradrénaline peuvent stimuler l’angiogenèse tumorale et l’expression de médiateurs pro-inflammatoires. À l’inverse, quelques résultats suggèrent parfois un ralentissement de la croissance tumorale selon le moment et la nature du stress, soulignant une relation complexe et dépendante du contexte biologique plutôt qu’un effet unique et linéaire.
Enfin, plusieurs données indiquent que le stress pourrait réduire l’efficacité des réponses immunitaires antitumorales et de certaines immunothérapies, en diminuant l’activité des cellules T et des cellules dendritiques ou en modifiant l’expression de molécules de régulation immunitaire. Des effets similaires ont été évoqués pour les carcinomes basocellulaires et épidermoïdes, où le stress chronique pourrait diminuer le recrutement de lymphocytes protecteurs et favoriser un environnement immunosuppresseur.
Malgré ces pistes mécanistiques, la majorité des résultats provient d’études animales ou expérimentales. Chez l’humain, la relation entre stress psychologique et cancers de la peau reste encore à clarifier par des recherches cliniques de grande ampleur.