Les chercheurs ont ensuite cherché à comprendre ce qui déclenche l’activation de l’enzyme USP9X dans un environnement rigide. Pour cela, ils ont bloqué la contractilité du cytosquelette, c’est-à-dire la capacité de la cellule à générer des forces internes grâce au couple actine–myosine. Lorsqu’ils inhibent la myosine II, USP9X n’est plus activée. Cela montre que l’activation de USP9X dépend directement de la tension mécanique générée à l’intérieur de la cellule. De la même façon, lorsque les récepteurs DDR1 et DDR2 sont bloqués, USP9X ne s’active plus, même sur une matrice rigide.
D'autres tests menés par les scientifiques ont montré que USP9X agit directement sur YAP. Lorsque l’activité de USP9X est bloquée, YAP est rapidement marqué par des ubiquitines et détruit par le protéasome, même en présence d’une matrice rigide. À l’inverse, lorsque USP9X est active, elle retire ces marques de dégradation, ce qui permet à YAP de s’accumuler dans la cellule.
La rigidité du tissu ne se contente donc pas d’activer YAP : elle empêche sa destruction. USP9X stabilise YAP et prolonge la réponse mécanique des cellules dédifférenciées. Cette stabilisation explique pourquoi ces cellules restent migrantes, invasives et résistantes aux traitements tant que leur environnement est rigide.
Pour vérifier que ce mécanisme ne se limite pas à des observations in vitro, les chercheurs ont ensuite évalué le rôle de USP9X dans un modèle animal de mélanome. Ils ont utilisé des cellules de mélanome rendues bioluminescentes, afin de pouvoir suivre leur comportement dans l’organisme en temps réel. Ces cellules, soit contrôles, soit privées de USP9X par inhibition génétique, ont été injectées par voie intraveineuse chez des souris immunodéprimées. Ce modèle permet d’étudier les toutes premières étapes de la dissémination métastatique, en particulier la capacité des cellules tumorales à quitter la circulation sanguine et à coloniser les poumons.
Quelques heures seulement après l’injection, l’imagerie par bioluminescence a révélé une différence nette entre les deux groupes. Les cellules dépourvues de USP9X présentent une capacité fortement réduite à s’extraire des vaisseaux sanguins et à s’implanter dans le tissu pulmonaire. Le suivi longitudinal des animaux, réalisé pendant près de deux mois, confirme cette observation initiale : alors que les souris injectées avec des cellules contrôles développent progressivement des métastases pulmonaires, aucune métastase détectable n’est observée chez les animaux recevant des cellules privées de USP9X.
Ces résultats montrent que USP9X est indispensable aux étapes précoces de migration et d’invasion nécessaires à la formation de métastases, en cohérence avec son rôle dans la stabilisation de YAP.
L'équipe de scientifiques a ensuite cherché à déterminer si cibler USP9X pouvait également interférer avec la reprogrammation mécanique induite par les thérapies ciblées. On sait en effet que l’inhibition de la voie BRAF–MEK, bien qu’efficace initialement, favorise un remodelage de la matrice extracellulaire, une augmentation de la rigidité tumorale et une activation durable de YAP, contribuant à la rechute. Pour cela, des cellules de mélanome murin porteuses d’une mutation de BRAF ont été injectées à des souris immunocompétentes, qui ont ensuite été traitées soit par une thérapie ciblée seule, soit par un inhibiteur de USP9X seul (appelé G9 dans l'étude), soit par la combinaison des deux.