Une partie de la littérature scientifique suggère que Nigella sativa, et plus particulièrement son principal composé actif, la thymoquinone, pourrait exercer un effet protecteur vis-à-vis de certains effets indésirables induits par les traitements anticancéreux, notamment ceux liés au stress oxydatif.
Ces travaux restent pour l’essentiel expérimentaux, mais ils apportent des éléments intéressants pour comprendre les mécanismes potentiels en jeu. Plusieurs études menées chez l’animal montrent ainsi que l’administration d’huile ou d’extraits de Nigella sativa peut limiter la toxicité rénale induite par certaines chimiothérapies, en particulier le cisplatine, mais aussi le méthotrexate, la doxorubicine ou le 5-fluorouracile. Ces molécules anticancéreuses sont connues pour générer une production importante d’espèces réactives de l’oxygène, responsables de dommages oxydatifs au niveau des cellules rénales.
Dans ces modèles expérimentaux, la nigelle et la thymoquinone réduisent la peroxydation lipidique, renforcent l’activité d’enzymes antioxydantes endogènes, comme la superoxyde dismutase ou la catalase, et permettent d'améliorer les marqueurs biologiques de la fonction rénale. Sur le plan histologique, une diminution des lésions tissulaires rénales est également observée lorsque l’huile de nigelle est administrée avant et après l’exposition aux agents chimiothérapeutiques.
Au-delà du rein, certains travaux suggèrent un effet hépatoprotecteur et antioxydant plus global de la nigelle. Des extraits de graines de Nigella sativa ont notamment montré une capacité à atténuer le stress oxydatif et les atteintes hépatiques induites par la doxorubicine ou par l’exposition aux rayonnements gamma. Ces résultats laissent penser que les propriétés antioxydantes de la thymoquinone pourraient contribuer, dans certains contextes expérimentaux, à protéger les tissus sains des dommages collatéraux liés aux traitements, sans interférer directement avec leur action cytotoxique sur les cellules tumorales.
On peut notamment prendre pour exemple une étude menée sur des rats. Ces derniers recevaient une dose unique de cisplatine (6 mg/kg), qui a provoqué une atteinte aiguë du rein via une production massive de radicaux libres. L’administration orale d’huile de nigelle (2 mL/kg), avant et après la chimiothérapie, a permis de limiter l’élévation des marqueurs biologiques de l’insuffisance rénale, notamment la créatinine sérique et l’urée sanguine. Sur le plan cellulaire, l’huile de nigelle a préservé l’activité d'enzymes assurant le bon fonctionnement des tubules des reins, ainsi que celles impliquées dans le métabolisme glucidique. Ces résultats biochimiques sont corroborés par l’analyse histologique, qui montre des lésions rénales sévères chez les animaux traités uniquement par cisplatine, contre des atteintes nettement atténuées dans le groupe co-traité avec l’huile de nigelle.
Effet de la nigelle avec et sans traitement par cisplatine sur les paramètres urinaires des rats.
Source : KHAN F. & al. Protective effect of Nigella sativa oil on cisplatin induced nephrotoxicity and oxidative damage in rat kidney. Biomedicine & Pharmacotherapy (2017).
L’ensemble suggère un rôle protecteur de la nigelle vis-à-vis du stress oxydatif et des dommages tissulaires rénaux induits par la chimiothérapie, dans un contexte préclinique.
Une autre étude expérimentale s’est intéressée à la capacité d’un extrait de graines de nigelle à atténuer la toxicité combinée de la doxorubicine et de la radiothérapie. Dans ce protocole, des rats recevaient soit de la doxorubicine, soit une irradiation gamma, soit les deux, sur plusieurs semaines, induisant un stress oxydatif marqué et une altération de la fonction hépatique. Ces traitements entraînaient une diminution importante des défenses antioxydantes endogènes, associée à une augmentation des marqueurs de peroxydation lipidique et à des perturbations des enzymes hépatiques. L’administration quotidienne d’un extrait de graines de nigelle (2 g/kg) par voie orale, débutée avant et poursuivie pendant les traitements anticancéreux, a permis de restaurer partiellement les paramètres antioxydants et d’améliorer les marqueurs de la fonction hépatique par rapport aux groupes exposés à la doxorubicine et/ou à l’irradiation seuls.
Les propriétés antioxydantes de la nigelle pourraient contribuer à protéger certains tissus sains des dommages oxydatifs induits par les traitements, là encore dans un cadre strictement animal.