Les varices ne sont pas intrinsèquement dangereuses, mais elles peuvent évoluer et s’accompagner de complications parfois significatives. Les situations suivantes correspondent aux principaux risques identifiés.
1. Thrombose veineuse profonde (TVP) et thromboembolie veineuse (TEV).
La thrombose veineuse profonde (TVP), la thromboembolie veineuse (TEV) et la maladie artérielle périphérique (MAP) sont des pathologies vasculaires graves, susceptibles d’entraîner des complications potentiellement mortelles. La TVP survient lorsqu’un caillot sanguin se forme dans une veine profonde, le plus souvent au niveau des jambes. Les varices peuvent favoriser la survenue d’une TVP, car l’affaiblissement des valvules veineuses entraîne une stase veineuse, ralentissant la circulation sanguine. Cette stagnation rend le sang plus propice à la coagulation. Par ailleurs, la maladie veineuse chronique s’accompagne d’une inflammation de bas grade de la paroi veineuse, qui favorise également la formation de caillots. L’association d’un flux sanguin perturbé et d’un état inflammatoire contribue ainsi au développement de la TVP. Si une partie du caillot se détache, elle peut migrer dans la circulation et atteindre les poumons, provoquant une embolie pulmonaire.
Une vaste étude de cohorte incluant 212 984 patients atteints de varices, comparés à un groupe témoin apparié de taille équivalente, a mis en évidence une association claire entre les varices et la survenue d’événements vasculaires graves. Sur une durée médiane de suivi de 7 à 8 ans, les personnes présentant des varices avaient un risque multiplié par cinq de thrombose veineuse profonde (incidence de 6,55 contre 1,23 pour 1 000 personnes-années). Les risques d’embolie pulmonaire (0,48 vs 0,28 pour 1 000 personnes-années) et de maladie artérielle périphérique (10,73 vs 6,22 pour 1 000 personnes-années) étaient également plus élevés, bien que ces associations puissent être partiellement influencées par des comorbidités communes. Si cette étude n’établit pas de lien de causalité direct, elle montre que les adultes atteints de varices présentent une charge significativement plus importante d’événements thrombotiques et vasculaires.
Sur le plan clinique, l’apparition ou l’aggravation rapide d’un gonflement de la jambe, associée à une rougeur, une chaleur localisée ou à la présence d’un cordon ferme et sensible chez un patient porteur de varices, doit conduire à une évaluation urgente par échographie Doppler veineuse. Cet examen permet d’exclure une thrombose veineuse profonde et d’orienter rapidement la prise en charge.
2. Ulcères veineux des membres inférieurs et lésions cutanées chroniques.
Les ulcères veineux de la jambe représentent la complication la plus avancée et la plus sévère de la maladie veineuse chronique. Ils se développent lorsque l’hypertension veineuse prolongée entraîne des lésions progressives de la peau et de la microcirculation. Avant l’apparition d’un ulcère, les patients présentent généralement une succession de modifications cutanées, telles qu’une hyperpigmentation, une peau sèche, prurigineuse et inflammatoire, similaire à de l'eczéma. Avec le temps, les tissus sous-cutanés se durcissent et se rétractent (lipodermatosclérose), et de petites zones blanchâtres évoquant des cicatrices peuvent apparaître (atrophie blanche).
Ces altérations résultent d’une diminution de l’apport en oxygène liée à la pression veineuse élevée et à une circulation inefficace, associée à une inflammation persistante. La peau, en particulier autour de la cheville interne, devient alors plus fine et fragile. Elle peut finir par se fissurer et évoluer vers une plaie douloureuse à cicatrisation lente : l’ulcère veineux de jambe. Ces lésions sont souvent récidivantes, altèrent fortement la mobilité et la qualité de vie, et comportent un risque notable d’infection secondaire.
Les données issues de revues récentes identifient les ulcères veineux des membres inférieurs comme la conséquence la plus lourde de la maladie veineuse chronique, en raison de leurs taux élevés de récidive et de leur impact important sur les soins de santé à long terme.
3. Thrombophlébite superficielle et inflammation.
La thrombophlébite superficielle est une complication inflammatoire fréquente des varices. Elle survient lorsque le ralentissement et la turbulence du flux sanguin dans une veine superficielle dilatée favorisent la formation d’un caillot. Les varices associées à un reflux veineux ancien créent un environnement de stase et d’irritation endothéliale, rendant le réseau veineux superficiel particulièrement vulnérable. Lorsqu’un caillot se forme, le segment concerné devient douloureux, chaud, rouge et ferme à la palpation. Bien que cette atteinte paraisse souvent localisée, le processus biologique sous-jacent reflète une activation inflammatoire et procoagulante plus globale. Cela se traduit par une élévation de biomarqueurs tels que le D-dimère, les complexes thrombine–antithrombine et la protéine C-réactive. Le D-dimère est un fragment issu de la dégradation des caillots, les complexes thrombine–antithrombine témoignent d’une coagulation active, et l’élévation de la protéine C-réactive indique un état inflammatoire sous-jacent.
Les données cliniques montrent que la thrombophlébite superficielle ne doit pas être considérée comme une affection bénigne. Dans une large cohorte de patients atteints de varices, environ 7,2% ont développé une thrombophlébite superficielle. Le risque d’extension est particulièrement élevé lorsque la thrombose touche les troncs principaux de la grande ou de la petite veine saphène, en raison de leur communication avec le système veineux profond. Bien que plus rare, l’embolie pulmonaire a également été décrite dans ce contexte. Ces données soulignent que la thrombophlébite superficielle constitue à la fois une complication de la maladie veineuse et un signal d’alerte potentiel d’une atteinte thrombotique plus profonde, justifiant une évaluation rapide et la réalisation d’une échographie Doppler.
Ces données soulignent que la thrombophlébite superficielle constitue à la fois une complication de la maladie veineuse et un signal d’alerte potentiel d’une atteinte thrombotique plus profonde, justifiant une évaluation rapide et la réalisation d’une échographie Doppler.
4. Saignement des varices.
Le saignement des varices survient lorsque l’augmentation de la pression veineuse, associée à l’amincissement de la peau sus-jacente, entraîne la rupture spontanée — ou après un traumatisme minime — d’une veine superficielle dilatée. Bien que relativement rare, cette complication est bien documentée. Initialement, le saignement peut sembler modéré, mais la pression élevée dans ces veines peut conduire à une hémorragie importante. Une perte sanguine significative peut provoquer des étourdissements, des syncopes, voire un choc hémorragique dans les cas les plus sévères. En l’absence de prise en charge de la veine sous-jacente, des récidives sont possibles, et la fragilisation progressive de la peau environnante augmente le risque d’épisodes ultérieurs.