Les rétinoïdes administrés par voie topique, dont le rétinol, seraient des molécules photoréactives. En effet, l'étiquetage des soins de la peau et des médicaments à base de rétinoïdes laissent entendre ou affirment qu'ils peuvent augmenter la sensibilité de la peau au contact des rayons UV et induire des photodermatoses. De nombreuses études ont été menées sur le potentiel photosensibilisant des rétinoïdes avec des résultats mitigés, notamment sur le trétinoïde, l'adapalène, le tazarotène ou le trifarotène. Par contre, il existe peu d'études portant sur la photosensibilité au rétinol à ce jour. Les données semblent montrer que les rétinoïdes sur ordonnance, comme la trétinoïne, l'adapalène et le tazarotène, ne provoquent pas de photosensibilité. Or, sans recherche définitive, nous ne pouvons pas offrir de réponse concluante.
Adapalène : Les formulations d'adapalène à 0,1 et 0,3%, en crème et gel, sont utilisées pour le traitement de l'acné. Les études disponibles n’ont pas démontré que l’adapalène provoque un risque accru de coups de soleil, et induit donc une phototoxicité ou une photoallergie dans les essais. Il n’existe pas de rapport sur la photosensibilité à l’adapalène dans la littérature.
Tazarotène : Le tazarotène est un rétinoïde topique dit de troisième génération, couramment utilisé pour traiter l'acné légère à modérée et le psoriasis en plaques. Le gel de tazarotène est souvent utilisé en association avec la photothérapie UVB à bande étroite pour le traitement du psoriasis. Bien qu'aucune photosensibilité n'a été observée au cours des trois mois de traitement avec le gel de tazarotène, des cas anecdotiques de brûlure ont été signalés lorsque le gel a été ajouté à la routine des patients psoriasiques irradiés aux UVB. Une étude a montré qu'une application épaisse du gel de tazarotène a légèrement augmenté l'érythémogénicité des UVB, de sorte qu'il peut rendre la peau plus sensible au soleil lorsqu'il est porté au soleil, alors qu'une application fine du gel immédiatement avant la photothérapie n'a pas eu d'effet érythémogène.
Trétinoïde : Une étude a montré que l'application d'acide trans-rétinoïque (Trétinoïne 0,05%) deux fois par jour pendant 10 jours ne produisait pas d'érythème sous exposition aux UVB. Un autre rapport combiné de quatre essais cliniques a également montré que la trétinoïne à 0,05% en gel n'est ni phototoxique ni photoallergique après 24 heures ou 3 semaines de traitement. D'autres études ont évalué la phototoxicité et la photoallergénicité de la trétinoïne en solution, en crème et en gel, mais la majorité sont parvenues à la conclusion qu'il n'est pas une phototoxine ou un photoallergène. La trétinoïne est un irritant et les patients qui exposent leur peau enflammée au soleil ou au vent exacerberont cet inconfort.
D'après les études récentes, les rétinoïdes pourraient ne pas être des agents photosensibilisants en soi. La réaction érythémateuse que nous observons lors de l’exposition au soleil, après utilisation de certains dérivés topiques de la vitamine A, pourrait s'avérer en fait être une irritation locale de la peau, c’est-à-dire des rougeurs, des sensation de chaleur, des démangeaisons et une certaine desquamation qui surviennent au cours des deux à quatre premières semaines d’utilisation des rétinoïdes et s'estompent généralement avec la poursuite de l'application du soin.
Les effets secondaires typiques des rétinoïdes coïncident assez clairement avec ceux d’un "coup de soleil". C'est probablement la raison pour laquelle les directives d'étiquetage, les fabricants, les dermatologues et les experts en soins de la peau continuent de conseiller aux utilisateurs de rétinoïdes d'éviter l'exposition directe aux UV lorsqu'ils en utilisent. Il convient de noter que des études montrent que la susceptibilité accrue aux coups de soleil diminue généralement après le premier mois d'utilisation, ce qui correspond plus ou moins au moment d'une réaction aux rétinoïdes.
La FDA considère l'isotrétinoïne (Accutane ou Roaccutane), une forme orale de vitamine A utilisée pour traiter l'acné sévère, comme photosensibilisante. Il est ainsi conseillé aux patients de limiter leur exposition au soleil pendant qu'ils prennent le médicament.
Pourquoi est-il alors préférable d'utiliser le rétinol le soir ?
Ce mythe autour du rétinol est basé sur une mauvaise compréhension de sa photobiologie. Avec les multiples doubles liaisons conjuguées, les rétinoïdes sont susceptibles de subir une série de réactions photochimiques (isomérisation, dimérisation et oxydation). Ainsi, lors d'une exposition au soleil, le rétinol présent à la surface de la peau peut se transformer en différents intermédiaires réactifs. Or, ces derniers peuvent causer des dommages à la peau et rendre la peau sensible au soleil. C'est pourquoi il est recommandé d'utiliser le rétinol de préférence la nuit, bien que certaines formules puissent être appliquées en journée, afin de pallier à cette problématique.