Le stress est aujourd’hui reconnu comme un facteur capable d’influencer de nombreux tissus de l’organisme, y compris le follicule pileux.
Certaines personnes observent ainsi une chute de cheveux ou un ralentissement de la pousse après un épisode de tension psychologique ou physique intense. Ces manifestations s’expliquent par l’impact du stress sur les mécanismes biologiques qui régulent le cycle capillaire, en particulier au niveau des cellules souches du follicule.
En effet, plusieurs travaux ont montré que le stress peut freiner la croissance des cheveux en bloquant le cycle cellulaire des cellules souches folliculaires. Dans un modèle murin soumis à un stress intense — induit soit par injections répétées de résinifératoxine, soit par immobilisation physique — les chercheurs ont observé une inhibition marquée de la repousse après épilation, aussi bien en phase télogène qu’en phase anagène. L’analyse transcriptomique a révélé une diminution de l’expression des gènes impliqués dans la prolifération cellulaire, associée à une activation de la voie de signalisation de l’AMPc dans les cellules souches folliculaires Lgr5+. Cette réponse s’accompagnait d’une activation du système nerveux sympathique et d’une libération accrue de noradrénaline, capable de réduire la prolifération cellulaire, de diminuer l’expression de régulateurs du cycle cellulaire, comme les cyclines D1/D2 et CDK4, et d’augmenter la proportion de cellules en phase G0/G1, la phase de quiescence du cycle cellulaire.
Outre ces données expérimentales, certaines études cliniques se sont aussi intéressées aux effets concrets du stress sur les cheveux. Une étude menée chez 33 étudiantes en médecine a ainsi évalué les effets d’un stress prolongé lié à la préparation d’un examen final sur l’immunité et les paramètres capillaires. Les participantes ont été suivies à trois moments distincts : avant la période de révision, pendant les examens, puis après 12 semaines de récupération. Les résultats montrent que la perception du stress augmentait significativement durant les examens, s’accompagnant d’une modification transitoire de l’équilibre immunitaire avec une orientation vers une réponse de type Th1, ainsi que de changements mesurables du cycle pilaire. Toutefois, ces altérations restaient dans des limites physiologiques et disparaissaient après la période de repos, sans différence persistante avec le groupe contrôle.
Ces données suggèrent qu'un stress intense peut temporairement perturber la croissance des cheveux via des mécanismes immunitaires, tout en restant réversible — un élément rassurant pour les personnes observant une chute de cheveux lors des périodes de forte pression.
Au-delà des effets transitoires du stress aigu, l’exposition prolongée à un stress chronique semble également avoir des conséquences sur la pousse des cheveux. Une méta-analyse récente regroupant 66 études indépendantes (soit plus de 10 000 participants) s’est intéressée à la concentration de cortisol mesurée dans les cheveux, un indicateur biologique permettant d’évaluer l’exposition cumulative au stress sur le long terme. Les résultats montrent que les groupes soumis à un stress chronique présentent davantage de cortisol capillaire que les autres, ce qui est susceptible d'altérer la croissance des cheveux. À l’inverse, lorsque le stress appartient au passé, les niveaux de cortisol capillaire ne diffèrent plus significativement, suggérant un phénomène réversible. Ces données renforcent ainsi l’idée que ce n’est pas tant l’intensité ponctuelle du stress que sa durée d’exposition qui pourrait influencer durablement la santé capillaire.