Les pellicules correspondent à une desquamation excessive du cuir chevelu, visible sous forme de squames blanches ou jaunâtres, parfois associées à des démangeaisons ou à un inconfort. Elles résultent d’un renouvellement accéléré des kératinocytes du cuir chevelu, souvent lié à une inflammation locale et à un déséquilibre du microbiome cutané. Parmi les micro-organismes impliqués, on trouve les levures du genre Malassezia, naturellement présentes sur le cuir chevelu mais dont la prolifération excessive altère la barrière cutanée et accélère le renouvellement des kératinocytes.
Les actifs utilisés pour limiter les pellicules agissent généralement sur deux leviers : la réduction de l’inflammation du cuir chevelu et le contrôle de la prolifération de Malassezia.
Dans ce contexte, l’huile végétale de nigelle, extraite des graines de cumin noir, suscite l'intérêt. Utilisée de longue date en médecine traditionnelle, elle est riche en acides gras insaturés et en composés bioactifs, dont la thymoquinone. Si l'huile de nigelle est surtout reconnue pour ses vertus nourrissantes, elle possède aussi des propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes, qui pourraient théoriquement contribuer à apaiser un cuir chevelu irrité ou sujet aux pellicules.
Sur le plan mécanistique, les effets anti-inflammatoires de la nigelle ont été largement étudiés, surtout en prise orale. Une méta-analyse regroupant 20 essais cliniques, faisant intervenir en tout 1 086 participants, montre que la supplémentation en Nigella sativa permet de réduire significativement plusieurs marqueurs de l’inflammation et du stress oxydatif. Une diminution marquée de la protéine C-réactive, du TNF-α et du malondialdéhyde, un marqueur de la peroxydation lipidique, a été observée, parallèlement à une augmentation significative des capacités antioxydantes endogènes, telles que l'activité de la glutathion peroxydase et de la superoxyde dismutase. Ces données suggèrent que la nigelle module certaines voies inflammatoires, des mécanismes qui pourraient être pertinents en cas d'inflammation du cuir chevelu due à des pellicules, même si l’extrapolation à l’usage topique reste à discuter.
En revanche, lorsque l’on s’intéresse à l’effet de l’huile de nigelle sur Malassezia, le tableau est plus nuancé. Les propriétés antifongiques de la nigelle sont principalement attribuées à la thymoquinone qu'elle contient. Une étude in vitro a évalué différentes huiles de Nigella sativa présentant des teneurs variables en thymoquinone et en acides gras libres, afin d’observer leur activité antimicrobienne sur plusieurs micro-organismes, dont Malassezia furfur. Les résultats montrent que l’inhibition de la croissance de Malassezia furfur est maximale lorsque l’huile contient une forte concentration en thymoquinone (environ 3%) associée à une faible proportion d’acides gras libres. À l’inverse, les huiles plus pauvres en thymoquinone présentent une activité antifongique nettement plus limitée. Ces données confirment que l’effet antifongique observé dépend étroitement de la teneur en thymoquinone de l'huile de nigelle.