Outre leurs vertus nourrissantes et réparatrices, les huiles végétales pourraient protéger la peau des rayons du soleil. Est-ce fondé ? Qu’en est-il de l’huile de nigelle ? Voici les réponses à ces questions.

Outre leurs vertus nourrissantes et réparatrices, les huiles végétales pourraient protéger la peau des rayons du soleil. Est-ce fondé ? Qu’en est-il de l’huile de nigelle ? Voici les réponses à ces questions.
L’exposition au soleil est l’un des principaux facteurs de stress pour la peau.
Les rayonnements ultraviolets, en particulier les UVA, pénètrent profondément dans les tissus cutanés et participent à la production excessive de radicaux libres. Ces derniers altèrent les constituants cellulaires, perturbent les mécanismes de réparation et favorisent l’inflammation, contribuant à long terme au vieillissement cutané et à certaines pathologies de la peau. Pour limiter ces effets, il est important de se protéger avec un écran solaire, dont l'efficacité repose sur des filtres UV capables d’absorber et de réfléchir les rayons du soleil avant qu’ils n’atteignent les cellules de la peau.
Toutefois, certaines personnes expriment des réserves vis-à-vis des filtres solaires et s’interrogent sur des alternatives d’origine naturelle. Dans ce contexte, des huiles végétales sont parfois évoquées, parmi lesquelles l’huile de nigelle, extraite des graines de Nigella sativa, aussi appelée cumin noir. Cette huile est reconnue pour sa richesse en composés bioactifs, notamment la thymoquinone, et pour ses propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires. La question se pose alors de savoir si ces caractéristiques pourraient lui conférer un rôle protecteur vis-à-vis des effets du soleil.
Une étude expérimentale s’est intéressée au rôle de la thymoquinone dans les dommages cutanés induits par les UVA. Ce travail a été mené sur des kératinocytes humains de type HaCaT, un modèle cellulaire couramment utilisé. Les cellules ont été prétraitées avec de la thymoquinone, puis exposées à un rayonnement UVA. Les chercheurs ont évalué la viabilité cellulaire, l’apoptose, les marqueurs de stress oxydatif, les cytokines inflammatoires ainsi que le fonctionnement mitochondrial.
Les résultats ont montré que la thymoquinone permettait de réduire la cytotoxicité induite par les UVA sur les kératinocytes.

Effet protecteur de la thymoquinone sur des kératinocytes irradiés par UVA.
Source : LI L. & al. Thymoquinone, extract from Nigella sativa seeds, protects human skin keratinocytes against UVA-irradiated oxidative stress, inflammation and mitochondrial dysfunction. Molecular Immunology (2021).
Le prétraitement a limité l’accumulation de radicaux libres, atténué la réponse inflammatoire et réduit l’apoptose cellulaire liée au stress mitochondrial. D’un point de vue mécanistique, ces effets semblent associés à l’activation de la voie NrF2/ARE, un système de défense antioxydante cellulaire, ainsi qu’à l’inhibition de l’expression de COX-2, une enzyme impliquée dans les processus inflammatoires. Lorsque cette voie était bloquée expérimentalement, ou lorsque la COX-2 était activée, les effets protecteurs observés disparaissaient, suggérant un rôle de ces mécanismes dans la réponse cellulaire.
Ces résultats apportent des éléments intéressants sur le potentiel antioxydant et anti-inflammatoire de la thymoquinone face au stress induit par les UVA, mais ils doivent être interprétés avec précaution.
Il s’agit d’une étude in vitro, réalisée sur des cellules isolées, qui ne permet pas de conclure à un effet protecteur direct de l’huile de nigelle contre les rayons UV chez l’humain. Par ailleurs, l'étude s'est intéressée à la thymoquinone, présente en faible quantité au sein de l'huile de nigelle (< 1%). Il n'est pas certain que la concentration en thymoquinone de l'huile de nigelle soit suffisante pour avoir cet effet photoprotecteur.
Par ailleurs, une étude menée par MARTINIAKOVA et son équipe en 2021 s’est intéressée à la capacité photoprotectrice de différentes huiles végétales, y compris l’huile de nigelle, en évaluant leur facteur de protection solaire (FPS). Les auteurs ont mesuré à la fois le FPS in vivo, selon la norme ISO 24444, dans un laboratoire accrédité à Prague, et le FPS in vitro à l’aide de la méthode spectrophotométrique de Mansur. Les valeurs obtenues se sont révélées particulièrement faibles.
FPS mesuré in vivo
FPS mesuré in vitro
Ces résultats indiquent clairement que l’huile de nigelle ne possède pas une capacité de filtration suffisante des UV pour assurer une protection solaire efficace. À titre de comparaison, il est généralement recommandé d’utiliser des produits affichant un FPS d’au moins 30 afin de limiter les effets des rayons UV sur la peau. L’huile de nigelle ne peut donc pas être considérée comme une alternative aux filtres solaires. Toutefois, son potentiel antioxydant reste pertinent. En contribuant à neutraliser une partie du stress oxydatif induit par l’exposition solaire, l’huile de nigelle peut être envisagée comme un complément au sein d’une routine de soin. Elle ne saurait toutefois se substituer à une protection solaire, seule capable de bloquer efficacement les rayons UV.
À elle seule, l'huile de nigelle ne peut pas être considérée comme une protection solaire naturelle. Elle peut néanmoins être intéressante en complément d'un écran solaire, en raison de ses vertus antioxydantes.
MARTINIAKOVÁ S & al. The real UVB photoprotective efficacy of vegetable oils: In vitro and in vivo studies. Photochemical & Photobiological Sciences (2021).
LI L. & al. Thymoquinone, extract from Nigella sativa seeds, protects human skin keratinocytes against UVA-irradiated oxidative stress, inflammation and mitochondrial dysfunction. Molecular Immunology (2021).
GUNADI J. W. & al. Role of Nigella sativa L. seed (black cumin) in preventing photoaging (review). Biomedical Reports (2025).