Plusieurs organismes scientifiques ont exprimé des préoccupations quant à la sécurité des prostaglandines lorsqu’elles sont appliquées à proximité de l’œil. Les premières alertes remontent à 2018, lorsque l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques, le "Bundesinstitut für Risikobewertung", ou BfR, a informé la Commission européenne de la présence croissante de dérivés de prostaglandine dans des produits cosmétiques destinés à favoriser la croissance des cils. Dans son évaluation, l’agence soulignait que ces substances possèdent une activité pharmacologique puissante, susceptible d’entraîner des effets biologiques indésirables, même à de très faibles concentrations.
À la suite de cette alerte, la Commission européenne a mandaté le Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (SCCS) afin d’évaluer la sécurité de plusieurs analogues de prostaglandines utilisés dans les produits cosmétiques. Une première opinion publiée en 2022 indiquait que les données disponibles étaient insuffisantes pour conclure sur la sécurité de substances telles que l’isopropyl cloprostenate ou l’ethyl tafluprostamide. Le comité soulignait notamment l’absence de données toxicologiques robustes permettant d’écarter certains risques potentiels. De nouvelles données ayant été soumises par l’industrie, le SCCS a réévalué ces substances dans une opinion plus récente publiée en 2025.
Après examen des éléments disponibles, le comité a conclu qu’aucun des analogues de prostaglandines évalués ne pouvait être considéré comme sûr pour une utilisation dans des produits cosmétiques destinés à favoriser la croissance des cils et des sourcils, notamment l’isopropyl cloprostenate, l’ethyl tafluprostamide et le methylamido-dihydro-noralfaprostal.
À ce stade, ces conclusions scientifiques ne se sont toutefois pas encore traduites par une modification officielle du Règlement (CE) n°1223/2009 relatif aux produits cosmétiques, qui encadre la mise sur le marché des cosmétiques dans l’Union européenne. Les autorités européennes pourraient néanmoins, à la lumière des avis du SCCS, décider d’introduire ces substances dans l’Annexe II du règlement, qui liste les ingrédients interdits dans les produits cosmétiques, ou d’en restreindre l’utilisation. Les décisions réglementaires définitives sont encore attendues.
Dans l’intervalle, certaines agences nationales ont choisi d’informer le public des risques potentiels associés à ces substances. En France, l'Anses a ainsi publié en 2025 une mise en garde concernant les cosmétiques contenant des dérivés de prostaglandine. L’Anses souligne que ces effets indésirables sont déjà connus en ophtalmologie, mais que les patients traités par collyres contenant des analogues de prostaglandines sont informés de ces risques dans le cadre d’un traitement médical nécessaire. Dans le cas des produits cosmétiques, en revanche, ces effets ne sont pas mentionnés sur les emballages, ce qui limite l’information des consommateurs.
Dans l’attente d’une éventuelle évolution de la réglementation européenne, l’agence recommande donc aux utilisateurs de rester attentifs à l’apparition de symptômes inhabituels, tels qu’un changement de couleur de l’iris ou des irritations oculaires persistantes. En cas d’effet indésirable, il est conseillé d’arrêter l’utilisation du produit, de consulter un professionnel de santé et de déclarer l’événement sur le portail national de signalement des effets sanitaires indésirables. Les signalements issus de la cosmétovigilance jouent en effet un rôle important dans l’identification de nouveaux risques et dans l’adaptation des mesures de sécurité destinées à protéger les consommateurs.